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Zimbabwe: Mugabe reconduit aux termes des élections 2013

Zimbabwe: Mugabe reconduit aux termes des élections 2013
Mugabe and Tsvangarai (DESMOND KWANDE/AFP/Getty Images)

Mugabe and Tsvangarai
(DESMOND KWANDE/AFP/Getty Images)

Le 31 juillet 2013, le peuple du Zimbabwe était appelé à se prononcer lors des élections. Les résultats reconduirent le président Robert Mugabe – à la tête de l’Union Nationale Africaine au Zimbabwe-Front Patriotique (ZANU-PF) – au puvoir avec 61% de votes favorables. L’autre candidat, le premier ministre Morgan Tsvangirai du Mouvement pour le Changement Démocratique (MDC-T), a recueilli 34% des suffrages.

Les principaux candidats

Cinq candidats se sont présentés aux élections, parmi lesquels Mugabe et son rival Tsvangirai étaient donnés favoris. Leurs formations politiques, le ZANU-PF et le MDC-T, ont partagé l’exercice du pouvoir au sein d’un gouvernement de coalition depuis 2009 après les violences qui avaient secoué le pays suite à l’élection contestée de 2008.

Avant les élections de 2008, la main-mise du ZANU-PF sur le Zimbabwe avait fait de ce pays un Etat à parti unique. Robert Mugabe, 89 ans, est président du Zimbabwe depuis l’ accès du pays à l’indépendance en 1980.

Après son élection, il fut apprécié pour avoir coopéré avec la minorité blanche du Zimbabwe et l’opposition, mais aussi pour son approche pragmatique de l’économie. Cependant, il expulsa par la suite toute opposition au sein de son gouvernement d’unité nationale et débuta une campagne de persécution de l’opposition durant laquelle des milliers de personnes furent exécutées. Au cours des années 90, il débuta un programme de redistribution des terres visant l’expropriation sans indémnisation des fermiers blancs au profit de groupuscules armés fidèles à son parti, résultant dans le déclin soudain de l’économie. Au centre du programme électoral du ZANU-PF lors des élections de 2013 se trouvait la volonté affichée de nationaliser les entreprises étrangères et de favoriser la reprise de la croissance économique par le biais de l’utilisation des ressources naturelles du pays.

Agé de 61 ans aujourd’hui, Tsvangirai contribua à la création du MDC en 1999 par rejet du ZANU-PF. Les membres fondateurs du MDC étaient des individus issus de groupes de la société civile qui militaient pour le “Non“ au référendum sur la Constitution de 2000. L’accès à l’emploi était l’un des thèmes majeurs sur l’agenda politique du MDC lors de l’élection de 2013 qui incluait aussi la création d’un Manifeste prônant un retour du Zimbabwe au sein de la communauté internationale et la nécessité de décentralliser le pouvoir.

L’annonce des résultats

Les élections du 31 juillet 2013 allaient déterminer le candidat accédant à la fonction présidentielle ainsi que 210 sièges de députés et gouverneurs locaux.

Le ZANU-PF remporta 155 sièges comparés aux 50 sièges remportés par le MDC-T. Ces résultats permettent au ZANU-PF d’accéder à une majorité aux deux-tiers au Parlement et la possibilité de changer la Constitution.

Concernant les résultats des conseils locaux, le ZANU-PF a remporté plus de 40 pour cent des votes.

Les irrégularités affectant le processus électoral

Alors que le responsable de la communication du ZANU-PF, Rugare Gumbo, observait que de nombreux observateurs internationaux étaient satisfaits de la conduite des élections, certain commentateurs zimbabwéens et étrangers ont émis des doutes quant à la validité du processus.

Mr. Tsvangirai a été l’un des premiers à contester les résultats des élections. S’ exprimant depuis de quartier-général du MDC-T à Harare, il déclarait que “la crédibilité de l’ élection a été teintée par des violations d’ordre légales et administratives qui ont affecté la légitimité des résultats”.

Le Secrétaire d’Etat John Kerry déclarait le 3 aout 2013 que “les Etats-Unis ne croient pas que les résultats annoncés aujourd’hui représentent l’expression crédible de la volonté du peuple zimbabwéen”.

Quelles sont les irrégularités?

En raison des sanctions imposées à l’encontre de Mugabe et des principaux officiels du Zimbabwe pour non respect des droits fondamentaux, les observateurs européens et américains n’ont pas été admis lors de l’élection. Seuls quelques observateurs africains furent admis.

Cependant, le Réseau Zimbabwéen pour l’Assistance aux Elections (ZESN), une coalition composée de 31 ONGs visant la coordination des activités liées aux élections, a organisé une équipe de 7000 individus afin d’observer le processus électoral. Lors d’une déclaration observant que les élections avaient été réalisée dans un climat pacifique, le ZESN conclua que la crédibilité du processus électoral avait été compromise par une volonté systématique de priver de leurs droits environ un million d’ électeurs.

Le ZESN a aussi observé que le contrôle des médias, la campagne d’intimidation en zones rurales, l’absence d’ éducation sur le processus électoral, la précipitation caractérisant le processus ainsi que le harcèlement de la société civile constituaient autant d’ éléments remettant sérieusement en cause la crédibilité de l’élection.

L’Union Africaine, qui avait placé 60 observateurs électoraux pour l’ évènement, a décrit les élections comme pacifiques mais n’a pas observé de fraudes massives, incluant le fait que des électeurs avaient été empêchés d’ accéder aux bureaux de vote, le fait que des bulletins de vote ont disparu et d’autres ont été créés, le nombre important d’ électeurs “assistés” dans leur choix ainsi que le contrôle systématique des médias.

Les élections seront-elles contestées?

Il fût observé que la possibilité d’une contestation légale des élections dépendra principalement de la réaction des pays voisins et leur approbation ou refus de reconnaître le ZANU-PF comme vainqueur. Dans tous les cas, le MDC-T a fait part de sa détermination à continuer le combat au travers de moyens pacifiques, légaux, politiques, constitutionnels et diplomatiques afin de trouver une issue à la crise.

Dans une conférence à Harare, Tsvangirai déclarait: “Nous allons aller au tribunal, nous allons nous rendre au siège de l’Union Africaine, nous allons nous rendre au siège de la Communauté Sud Africaine pour le Développement”.

La Constitution du Zimbabwe prévoit que si un candidat veut contester la validité d’une élection, celui-ci doit adresser une pétition à la Cour Constitutionnelle dans les 7 jours après l’annonce des résultats. La Cour se prononcera ensuite soit en confirmant les résultats, soit en invalidant l’élection, auquel cas une nouvelle élection doit être tenue au maximum 60 jours après la décision.

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Imogen is a Destination Justice Associate Consultant focussing on access to justice issues. She has a background in community law in Australia.
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